vendredi 22 mars 2013

Conférence "Qu'est-ce que l'esthétique noire"


Nous avons assisté à cette conférence débat qui s'est avérée très intéressante et animée. Je n'ai pas souhaité assister à la projection du film sur Joséphine BAKER.

Les intervenants étaient :
-Isabelle MANANGA-OSSEY (fondatrice de Label Beauté Noire)
-Gillette LEUWAT( cosmétologue et créatrice de sa marque de cosmétique du même nom ainsi que de l'institut)
-Patrick LOZES (fondateur du CRAN, mais qui est principalement intervenu en tant que Pharmacien)
-Mata GABIN (comédienne)

Le débat s'est déroulé autour des questions suivantes :
  • Quels sont les critères de beauté dominants chez les femmes et les hommes noirs
  • Faut-il effacer ou affirmer la différence ethnique du corps pour le rendre désirable ?
  • A qui profite le business de l’esthétique chez les noirs ?
  • Par qui les critères de beauté doivent-ils être définis?
Cette conférence débat était organisé par l'association CAPDIV.

Le modérateur de ce débat est entré directement dans le vif du sujet après la présentation des invités.

Faut-il effacer ou affirmer la différence éthnique du corps pour le rendre désirable?

S'agissant de la question n°2, la réponse n'a pas été apporté directement par l'affirmative ou par la négative, car le constat a été posé que chez les noirs certaines différences éthniques sont effacées depuis un moment déjà et ce que ce soit de manière quasi systématique (pour le défrisage) et de manière plus inavouable pour l'éclaircissement de la peau (mais plus visible et plus choquant pour tous).
Isabelle MANANGA-OSSEY a témoigné des cas de ces femmes qui s'éclaircissent la peau jusqu'à en tomber malade et qui ne savent pas vers qui se tourner pour arrêter ou qui, une fois la pratique arrêtée, n'arrivent pas à faire face aux effets secondaires. Elle a surtout insisté sur le fait que ces femmes recherchent des soutiens qui ne les jugeront pas.
Malgré le fait que cette pratique soit flagrante pour la plupart des cas, elle reste tabou, aussi bien chez les Africains que chez les Antillais.
Tout comme le défrisage, il s'agit d'une pratique irraisonnée et addictive (les femmes utilisent des produits de plus en plus fort pour accéder aux zones difficiles telles que les phalanges, ou bien pour accélérer le processus).
Label Beauté Noire propose une écoute et surtout un accompagnement. L'association milite aussi auprès des institutions pour que les produits dangereux ne soient plus vendus sous le manteau et surtout pour que les institutions soient plus vigilentes quant à la qualité des produits cosmétiques dits "éthniques".

Gilette LEUWAT, en plus d'être cosmétologue est une militante dans l'âme et ne prend guère de gants pour exposer ses convictions.
Dans un premier temps, elle a expliqué la différence principale entre la  peau et les cheveux caucasiens et la peau et les cheveux afros d'autres part. De cette différence, découle donc la différence dans la conception des produits cosmétiques. Les produits à destination des caucasiens sont fabriqués afin de se débarrasser de l'excès de sébum (cheveux et peau) et les produits à destinations des peaux et des cheveux des afros DEVRAIENT être conçus pour relipider la peau.
Mais au contraire ils sont calqués sur les produits pour caucasiens, avec pour les rendre un peu gras, un cocktail dérivé du pétrole et autres substances chimiques qui n'ont pour qualité que d'étouffer la peau et les cheveux.
Gillette LEUWAT nous fait par de son expérience personnelle et de son constat dans la pratique de la mise en beauté en Afrique (du moins les régions qu'elle a visité). Elle a été surprise de constater que l'eau n'était pas l'ingrédient premier dans les secrets de beauté, mais plutôt les huiles.
Sa découverte la plus surprenante a été la texture des cheveux des femmes, hommes et enfants rencontrés (qui je le précise n'étaient pas métissés) : aucun n'avait les cheveux crépus, cu moins dans la conception que nous avons tous.
En effet, Gillette LEUWAT nous dit que le cheveu crépu tel que nous le connaissons est un cheveu malade. Les cheveux crépus doivent, en réalité, être frisés, bouclés ou frisés. Pour mieux comprender le raisonnement : à la naissance, les cheveux des bébés sont soit lisses, soit bouclés/ondulés, soit frisés. En grandissant les cheveux lisses, bouclent. Les cheveux bouclés/ondulés frisent et les cheveux frisés restent tels quels. Mais surtout : ils ne doivent plus changer après cela!
Ce sont les produits assèchants et inadaptés qui rendent les cheveux "crépus".
pour illustrer son raisonnement, madame LEUWAT prend l'exemple de certaines familles dont certains membres sont restés vivre dans l'environnement ou ils ont grandi et d'autres sont partis "en ville". Ceux partis en ville, ont vu la texture de leur cheveux changer et les autres ont conservé leurs cheveux bouclés et frisés.
Elle a d'ailleurs remis en cause certains ingrédients chimiques, pour leur nocivité sur cheveux crépus, et surtout d'autres pour leurs dangerosité pour la santé. Elle nous a énuméré la série de maladie dont la cause pourrait être des ingrédients des défrisants chimiques : leucémie, cancer du sein, fibromes etc...

Mata GABIN et Patrick LOZES étaient d'avis qu'il n'est pas nécessaire d'affirmer une différence, mais qu'il s'agit surtout de l'assumer. Patrick LOZES  a tenu à préciser que la chimie, n'était pas à condamner sans discernement.

A qui profite le business de l'esthétique chez les noirs ?
Après un rire général, la réponse a été : NON (oh quelle surprise?). Malgré l'émargence de nouvelles gammes destinées aux afro et menées par des Afro, les chaines de distributions, de fabrications, restent dans les mains de grands groupes, et de communautés exogènes à la communauté afro.
Les chiffres suivants ont résumés la réponse : les cosmétiques ethniques représentent  250 milliard de dollars par an ...et l'Oré*** dégage 600 millions de dollards par an sur ce segment (chiffres donnés par madame LEUWAT).
Eloquent non?
Lorsque l'on voit maintenant le revirement de (quasiment) toutes les marques, proposant maintenant une gamme destinée aux cheveux crépus naturels, et que l'on connait la chute des ventes de produits défrisants, on ne peut que se douter de la place de l'argent dans tous ces changements.

Par qui les critères de beauté (afro) doivent-ils être définis?

La réponse a été : par nous même. Nous, en tant que Noirs, mais aussi Nous en tant qu'individus.
Les médias dans les réponses des intervenants ont été incriminés. Accusés de véhiculer des images éloignées de la réalité ou même dégradantes. Le milieu professionnel aussi a été, dans une moindre mesure montrée du doigt (cas du stewart d'Air Fr***).

Questions-réponses

L'audience a eu la possibilité de poser des questions ou tout simplement intervenir. 
J'ai tenu à préciser que pour le cas du stewart d'Air F***, ses cheveux ont surtout posé problème par rapport à la signification du port des tresses chez les hommes, tout comme les locks. Ces coiffures, en effet, sont associées à la délinquances, à la négligence, voir la saleté. Alors que si une femmes avait porté ces coiffures, elles auraient été considéré, par exemple, comme trop "ethnique" (une hôtesses aux Etats unis justement a été confronté à cela).
S'agissant de qui doit définir les critères de beauté, j'ai aussi souligné que ce travail devrait être fait par les parents, la famille. Car paradoxalement, ce sont dans ces cercles que la discrimination par rapport aux cheveux crépus est la plus fréquentes et souvent la plus violente.

Une femme a tenu à souligné qu'elle avait réussi à s'affranchir des codes de beauté imposés, en revenant au naturel et que cela ne l'empêche pas toutefois, de porter des perruques ou extension. D'ailleurs, elle a enlevé sa perruque pendant sont intervention pour illustrer son propos.

Isabelle MANANGA-OSSEY a précisé dans son intervention au début, qu'elle a tenté de travailler avec un réseau de coiffeurs professionnels dans certains quartiers de Paris, mais a été confronté au total non professionnalisme des ces personnes qui exercent sans avoir aucun diplôme de coiffures ou autres agréments.
Il est inutile alors de se demander d'ou proviennent tous ces problèmes que l'on rencontre en tant que clients chez ces "coiffeurs (pour) afro"!!
Elle souhaite grâce à sa campagne, sensibiliser les institutions sur la nécessité de réorganiser en profondeur le secteur de l'enseignement de la coiffure, notamment en intégrant sérieusement le cheveu crépu dans les programmes. Et surtout que l'on entende plus après quelque minutes passées à expliquer le défrisage chimique : "de toute façon Vous savez déjà faire, pas besoin de passer plus de temps dessus"...

A ce sujet, une autre dame du public a tenu à dire que des formations existent, parcequ'elle connait un endroit ou cela se fait. Mais avec Isabelle nous avons tenu à lui préciser que ce qu'elle connait n'est pas la réalité, ni à généraliser.

Pour finir, une jeune femme est intervenu à dire qu'il est urgent d'informer le public notamment sur les dangers des produits défrisants et éclaircissants, car les utilisateurs sont encore dans un schéma de pensée dans lequels ils se sentent prisonniers. Beaucoup (trop) pensent ne pas avoir le choix. D'autres sont inconscients des dangers pour leur santé et celle de leurs enfants.

Conclusion

La prise de conscience est là, palpable. Il est clair que de plus en plus de femmes osent arrêter de défriser leur cheveux et de s'éclaircir la peau. Même ces sujets restent délicats et tabous, surtout pour la génération des cinquantenaires, il y a de plus en plus de référents vers qui se tourner et de produits de plus en plus adaptés.

Cependant, il faut rester vigilents! L'argent est le moyen de pression, le plus efficace. La preuve en est  tous ces revirements de marques cosmétiques "ethniques" et surtout tous ces débalements  de scandales sanitaires. Les consommateurs sont en éveil.
C'est à nous de jouer auprès de nos familles, de nos enfants, de nos proches. Cette action est la plus efficace.

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