dimanche 22 mai 2011

Moi et mon cheveu - un cabaret capillaire


Eva Doumbia, metteure en scène, aborde le thème du cheveu crépu et plus précisément la relation des femmes noires avec leurs cheveux. Aborder ce sujet sous cette forme artistique est une première.

L'aborder sous cet angle permettra peut être à quelque réticents de se pencher sur ce sujet sérieux et à d'autres de prendre du recul.

Aucune revendication dans ce projet, mais plutôt un miroir qui nous oblige à nous regarder en face, ou du moins à regarder ce problème en face de manière ludique et moins rébarbative que les longs discours.

En février dernier ont eu lieu les premières représentation de "Moi et mon cheveu - cabaret capillaire" à Marseille.
Les prochaines représentations auront lieu à Marseille toujours dans le cadre du Festival de Marseille, les 7.8 et 9 juillet prochains.

Nappy Party a pu obtenir une interview d'Eva Doumbia que vous pouvez lire ci-dessous


NP : Eva peux tu te présenter à nos lecteurs?

Eva : Je suis metteure en scène, formée à l'université de Provence (à aix en Provence), puis à l'unité nomade de mise en scène, qui dépendait du conservatoire nationale supérieur d'art dramatique. Actuellement, je suis artiste associée au théâtre des Bernardines.
Mon théâtre est contemporain et parle du monde, beaucoup des questions liées aux origines : métissages,migration, ... je métisse aussi les disciplines artistiques, théâtre, danse, musique et vidéo.

NP : Parle-nous du projet cabaret capillaire

Eva : Cabaret capillaire! C'est un spectacle documentaire qui intègre des numéros de danse, de chant, des textes poétiques et drôles, vidéo, stylisme. Tout parle de cheveux crépus, de la relation que les femmes noires, mais aussi afro descendantes entretiennent avec leurs cheveux. Ce que cette relation raconte de l'Histoire.

NP : Quelle est l'origine de ce projet?

Eva : C'est un peu autobiographique. Après la naissance de mon fils j'ai perdu une tresse (rajout), le trou que cela a fait est resté. Une dermatologue m'a expliqué que les femmes noires et métisses souffrent souvent d'alopécie à force de porter de lourds rajouts et de défriser.
J'ai d'ailleurs ressenti moi même une grande angoisse à l'idée de devoir porter mes cheveux naturels sans artifices et ai décidé d'interroger mon angoisse.
Puis j'ai découvert les sites et blogs des militantes nappies, souvent de très jeunes filles et ai lu les livres de Juliette Sméralda.
J'ai eu envie de partager ces histoires.
Mon milieu, celui du théâtre, majoritairement "blanc", ne connait rien à nos histoires et beaucoup sont intéressés.
Par ailleurs, le théâtre auquel je suis associé est en face du quartier à Marseille où se trouvent la plupart des salons et restaurants africains. Or, il n'y a pas de connection.
Je leur ai proposé des projets qui fassent le lien. Lors d'un festival de performances :"préavis de désordre urbain", nous avons investi le salon de celle qui me coiffe depuis 20 ans avec un danseur, un artiste graphiste, et une installation vidéo. Le public, majoritairement blanc, ne connaissait pas nos pratiques capillaires.
Je disais des textes extraits du spectacle en préparation, tandis que ma coiffeuse Julie, me posait un tissage.
Ce qui est incroyable c'est que les gens pleuraient, ils ressentaient tout!

NP : le slogan de l'association Nappy Party est : "aimer sa chevelure crépue est aussi un acte militant", ce porjet à-t-il démarré de ce constat ou aboutit-il à ce constat?

Eva : Ni l'un ni l'autre, ou plutot je dirais : "aimer sa chevelure crépue peut aussi être un acte militant"

NP : Hormis l'aspect artistique, quel est l'objectif de ce spectacle?

Eva : Parler de l'Histoire, ou plutôt, montrer comment l'Histoire, que l'on soit noir, blanc ou autre s'inscrit dans notre intimité, dans le moindre de nos gestes.

NP : Penses-tu qu'une prise de conscience s'opère ou s'opérera vis à vis des dangers du défrisage (aspect socio culturel et psychologique)?

Eva : Je ne sais pas, parce que je suis dedans, du coups, le discours que j'entends majoritairement est Nappy. C'est comme lorsque l'on est enceinte, on a l'impression de ne voir que des femmes enceintes.


Prochaines représentations :

7, 8 et 9 juillet - Festvial de Marseille
théâtre des Bernardines

Vous pouvez suivre l'actualité
de cette pièce
&
de la compagnie La part du Pauvre
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Nous sommes impatients de voir cette pièce arriver à Paris (pour une fois nous ne sommes pas servis les premiers!). Nous irons faire un tour par le sud et nous vous ferons un petit compte rendu.








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