vendredi 7 octobre 2016

Changer les règles...




En fondant l'association après près de 10 ans à m'agiter sur le net auprès de mon entourage ou en soutenant certaines action, j'avais pour ambition et non pour rêve de changer les règles.

Le combat semblait perdu d'avance, ne serait-ce que pour faire comprendre les raisons de ce besoin de changement qui n'était pas seulement nécessaire pour moi, mais aussi pour l'ensemble des afro descendants et de nos enfants.

La première étape à franchir (et qui maintenant semble évidente à beaucoup) était de faire comprendre que la pratique du défrisage systématique n'était pas normale. Que cette pratique avait des origines historiques et culturelles fortes. De plus, d'un point de vu sanitaire, il y avait franchement plus sain et moins dangereux.

Dans le même temps, il fallait faire comprendre qu'économiquement cette pratique ne nous était pas favorable et même expliquer le circuit de distribution et la destination de l'argent investi dans ces pots n'était pas aisé.

Heureusement, le contexte est vite devenu favorable avec le vote de la loi Taubira, les réflexions de plus en plus nombreuses et surtout ouvertes sur l'histoire de la diaspora afro et l'émergence du net (forum, blogs, site internet, événement).
Il ne faut pas nier l'impact qu'a eu le livre "Peau Noire Cheveu Crépus, Histoire d'une aliénation" de Juliette Sméralda, qui expliquait de manière détaillée et illustrée la relation paradoxale que les noirs entretiennent avec le cheveu crépu.

Au fil des années, le mouvement dit Nappy a grossi et fini par exploser principalement avec les nouveaux médias sociaux : Youtube et Facebook.

Les marques ont fini par suivre le mouvement, de force, et surtout de nouvelles marques ont émergé proposant des produits plus qualitatifs, plus sains  et mieux adaptés.

Des événements se sont bâtis sur le thème du cheveu naturel et ont depuis rassemblé des milliers de personnes, ce qui était inimaginable il y a 15 ans tant il était compliqué de faire comprendre que le cheveu crépu non lissé passe tranquillement au boulot, pour trouver un homme ou tout simplement face au miroir!

Je reviendrai surement dans des articles ultérieurs sur les différentes vagues qu'a connu ce mouvement du "retour au naturel" et certains thèmes ont déjà été abordés ici.

Mais ce que j'en observe ces 3 ou 4 dernières années m'inquiète un peu...

Je vais prendre l'exemple de ce que j'observe dans le "Bio" car je trouve les deux trajectoires similaires et que les périodes d'explosion sont à peu près pareilles.

Il devient de plus en plus normal pour les ménages d'acheter des produits bio (quelque soit le domaine, alimentation, cosmétiques etc). Les consommateurs sont de plus en plus vigilents et demandent un droit de regard ou des réponses à leurs questions.
Tout cela n'a pas échappé au grands groupes alimentaires et cosmétiques qui proposent tous maintenant des produits ou gammes labéllisés (tout en exerçant leur rôle de lobby pour que les règlent penchent un peu plus en leur faveur donc réduire les exigences des réglementations bio...).

Les gammes de produits s'élargissent et notamment dans l'alimentaire et il est possible de trouver de tout en bio. La restauration rapide s'y met et par conséquent la junk food aussi.

La question que l'on peut se poser alors, si on choisit de consommer bio pour les raisons suivantes : 
-préservation de l'environnement
-préservation de la santé en évitant ou limitant les produits chimiques/artificels dangereux pour la santé
-maîtrise de la chaîne de distribution et meilleure rémunération des producteurs

Ou est l'intérêt de trouver tous les aliments hautement sucrés ou gras, c'est à dire la Junk Food en bio?
Car l'un des critères cités plus haut n'est pas respecté : préservation de la santé.
Retrouver bonbons et barres chocolatées en "bio" (ou bio vu au rabais...) ne nous fait-il pas retomber dans nos travers?

Et c'est là que nous arrivons à notre sujet :
 Changer les Règles

Pourquoi voudraient-on changer les règles? 

Sur les sujets qui nous concernent les cheveux naturels et consommer bio il peut y avoir deux réponses :
  • Changer les règles pour que le système soit en notre faveur et pour profiter de ce système
OU BIEN
  • Changer les règles pour changer le système
Les industriels de l'alimentation l'ont compris. Ils font en sorte de changer les règles pour qu'elles leurs soient favorables et pour continuer à générer des profits. Doit on leur en vouloir? Je ne sais pas...

Mais les industriels des cosmétiques l'ont compris aussi! Les industriels des cosmétiques sur le marché "afro" l'ont compris un peu moins vite mais réagissent vite!

Revenons donc à notre sujet de départ et à notre chronologie.
Les industriels cosmétiques sur le secteur afro s'adaptent. Ils n'ont pas encore bien compris quel type de changement est en train de s'opérer. Ils commencent à identifier les acteurs majeurs, la presse les y aidant un peu.
Ils ne comprennent pas très bien le degré de profondeur du changement qui est en train de s'opérer et ou cela va mener. Mais ils se font aider. Cette aide est apportée sciemment ou bien malgré les aidants qui pensent contribuer à ce changement.

Dans la première catégorie d'aidants, vous avez ceux qui veulent changer les règles pensant qu'ils vont changer les système de l'intérieur, mais consciemment ou non ils veulent en profiter. Ils ne sont pas prêts à attendre le nouveau monde car ils ne savent ce qu'ils vont en retirer. Ils veulent en profiter tout de suite. Ils pensent candidement apporter une aide précieuse à la communauté afro en leur vendant et exposant tous ses secrets sans prendre en considération les retombées économiques générales sur cette communauté.
Va-t-elle en retirer quelque chose à terme? Les nouveaux arrivants sur le marché trouveront-ils leur place?

Et puis vous avez la seconde catégorie qui clairement veut croquer sa part de gâteau et  qui s'associe aux grands groupes, car impatiente de profiter de ce système et non regardant sur les retombées générales sur le groupe auquel elle appartient. Tous les prétextes sont bons pour faire de l'argent. Et le mouvement du retour au naturel n'est qu'un prétexte, une phase ou une marche pour accéder à l'étape suivante.

Une des conséquences de ces deux comportements? L'envoi de messages contradictoires au public, au consommateur. Messages se contre-disant au fil des mois et des années. Des messages contraires aux actes parfois et vice versa.
En bref, une inconstance qui déroute les consommateurs. 
Consommateurs qui viennent justement vers eux en quête de changement. Mais ces consommateurs eux-mêmes savent-ils le type de changement qu'ils veulent?

Dès le début et notamment sur ce blog, le but était de mettre en avant les initiatives qui apportaient un changement, qui permettaient aux consommateurs de faire des choix éclairés.

Nos interventions sur des thèmes précis, tels que l'éducation capillaire des enfants et des parents, mais aussi l'apprentissage du choix des produits étaient pour aider dans ces choix.
Nous insistions aussi particulièrement sur le poids culturel et historique sur nos cheveux car c'est eux qui permettent de comprendre nos besoins et les erreurs à ne pas reproduire pour mettre en place un nouveau système plus sain.

Une des questions que nous posons par exemple est la suivante : Quel est l'intérêt de soutenir une gamme de produits  dits naturels et adaptée qui est vendue par une marque vendant des produits nocifs de l'autre côté? Economiquement quel est l'intérêt? Notre argent ne subventionne-t-il pas les produits nocifs? La question mérite d'être posée.

Nous avons participé ouvertement ou non à l'élaboration et la mise en place de projets, mettant à disposition nos connaissances et notre réseau.
Certaine collaborations continuent car nous avons choisi le même paradigme, d'autres ont cessé car ne correspondent pas aux changements que nous souhaitons voir. 
D'autres sont à venir.

Vous l'aurez compris à la lecture de cet article : 
Nous voulons changer les règles pour changer de système

Cela demande beaucoup de patience, d'abnégation et d'énergie. Changer un système est long et parfois compliqué surtout si vous devez composer avec les deux autres catégories de personnes qui n'aspirent pas au même changement.

Le plus dommage dans tout cela est que toutes ces forces réunie amèneraient carrément une révolution un monde différent dans lequel vivraient  nos enfants plus tôt que nous le pensons.

Mais chacun reste dans son coin pensant que l'autre veut profiter un peu plus que lui...chacun reste dans son coin n'étant pas prêt à écouter les remarques trop pressé d'atteindre son but...chacun reste dans son coin en se montant des préjugés sur l'autres afin de trouver un prétexte pour ne pas collaborer...

Voilà maintenant ou en est le mouvement pour le changement...

Aimer sa chevelure crépue est aussi un acte militant!

#LeDefrisageCestPasAutomatique

#NappyParty

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